Au Liban, faire ses courses ou simplement faire le plein coûte de plus en plus cher. Les dépenses du quotidien pèsent lourd dans le budget des ménages. Les prix des produits alimentaires augmentent et les déplacements deviennent plus coûteux. Pour de nombreux habitants, il devient difficile de maintenir leur niveau de vie dans un pays déjà frappé par plusieurs années de crise économique.

Depuis l’effondrement financier de 2019, de nombreux Libanais n’ont toujours pas pu récupérer leurs économies bloquées par les banques. La reprise de la guerre en mars 2026 a aggravé la situation. Les combats ont perturbé l’activité économique et les circuits d’approvisionnement, contribuant à une nouvelle hausse du coût de la vie.

Selon les prévisions de la Banque mondiale, l’économie libanaise devrait se contracter de 6,4 % sur l’ensemble de l’année 2026, tandis que l'inflation pourrait atteindre 17,5 %.

Parallèlement, le gouvernement cherche à faire avancer ses discussions avec le Fonds monétaire international (FMI). L’institution réclame notamment la poursuite de la réforme du secteur bancaire et une solution au problème des dépôts bloqués. Elle appelle également à redresser les finances publiques et soutient une hausse de la TVA à 12 %, approuvée par le gouvernement le 16 février 2026, mais qui n’était toujours pas appliquée en septembre.

Ces mesures interviennent alors que les ménages peinent déjà à faire face à la hausse des prix. Leur application et leurs conséquences sur le pouvoir d’achat soulèvent plusieurs difficultés. L’économiste Jassem Ajaka revient pour France 24 sur les obstacles aux réformes et les risques qui pèsent sur l’économie libanaise.

À lire aussiAu Liban, la crise économique et l'inflation frappent les foyers

France 24 : Les réformes demandées par le FMI sont-elles réalistes pour le Liban ?

Jassem Ajaka : La poursuite des discussions avec le FMI est indispensable pour permettre au Liban de retrouver une stabilité financière et de rétablir sa crédibilité internationale. Mais l’application des réformes se heurte à plusieurs obstacles majeurs.

L'un d’entre eux concerne le déséquilibre financier, estimé entre 70 et 80 milliards de dollars. Selon le plan de réforme envisagé, ces pertes doivent être absorbées selon un ordre précis. Sans intervention de l'État pour renflouer le système financier, une part importante des dépôts pourrait être perdue.

D'autres mesures restent nécessaires pour redresser les finances publiques et reconstituer les réserves de la Banque du Liban. Mais l'État manque de moyens pour mener ces réformes. La baisse des salaires réels des fonctionnaires a affaibli les administrations. Les conflits régionaux perturbent aussi les finances des entreprises, ce qui complique le paiement de leurs obligations fiscales.

Ces réformes restent essentielles, mais leur application est freinée par les blocages politiques et la faiblesse des institutions. L’ampleur de la crise bancaire complique davantage leur mise en œuvre.

Quelles conséquences peuvent-elles avoir sur le pouvoir d’achat des Libanais ?

Les réformes économiques peuvent avoir des conséquences négatives sur le pouvoir d’achat des ménages, à court comme à long terme.

Le Liban dépend fortement des importations. Lorsque les prix augmentent à l'étranger ou que l'approvisionnement est perturbé, les produits vendus au Liban deviennent plus chers, même lorsqu'ils sont facturés en dollars.

Le recours massif aux dollars en espèces réduit également la transparence des prix et favorise des marges commerciales plus élevées.

Les mesures fiscales peuvent également peser sur les ménages. L'ajustement du taux de change utilisé pour calculer les droits de douane a déjà augmenté le coût de certains produits importés.

Mais tous les habitants ne sont pas touchés de la même manière. Les fonctionnaires sont particulièrement pénalisés, car leurs salaires n’ont pas suivi l’augmentation du coût de la vie. À l’inverse, les personnes qui reçoivent de l’argent de l’étranger en devises bénéficient généralement d’un pouvoir d’achat mieux préservé.

La coexistence du dollar et de la livre libanaise fragilise-t-elle davantage l’économie ?

Le recours massif au dollar peut contribuer à stabiliser l’économie à court terme. Mais cette situation crée aussi des fragilités importantes sur le long terme.

Comme l'économie fonctionne principalement en dollars, la Banque du Liban dispose de beaucoup moins de moyens pour agir sur les taux d'intérêt ou soutenir les banques en difficulté.

Cette dépendance pénalise également les producteurs libanais, confrontés à des coûts plus élevés que certains de leurs concurrents régionaux. Elle renforce ainsi la dépendance du pays aux importations.

Le système actuel accentue surtout les inégalités. Les personnes rémunérées en dollars ou qui reçoivent de l’argent de l’étranger sont davantage protégées contre la dévaluation de la livre libanaise. En revanche, celles qui perçoivent leurs revenus en monnaie locale restent beaucoup plus exposées à la hausse des prix et à la perte de pouvoir d’achat.

Source: France 24 · Moncef AIT-KACI

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira