La réélection de Lula da Silva à la présidence du Brésil a eu un effet immédiat sur les marchés des matières premières : les principaux produits agricoles brésiliens – le sucre, le café, mais aussi le soja – ont vu leur prix chuter. Cette baisse s'explique essentiellement par la chute du real, la monnaie nationale, qui a perdu plus de 10% dès l'annonce de la victoire du président sortant.
Les matières premières agricoles s'échangent généralement en dollars sur le marché mondial. Quand la monnaie locale chute, et qu'une tonne de soja vendue par exemple à 2 500 reaux par un producteur brésilien, cette tonne vaut moins qu'avant en dollars.
La compétitivité du Brésil devient alors meilleure sur les marchés, ce qui s'est traduit lundi 26 octobre par un prix du sucre en baisse de 5%, pendant que celui du café reculait de 4% et celui du soja d'un peu plus de 2%. Des prix attractifs qui pourraient provoquer une accélération des ventes brésiliennes.
Effet d'aubaine
Un pays pourrait en profiter : la Chine. Les achats d'opportunité sont un principe : s'il y a moyen d'importer sur les marchés à plus bas prix, pour remplir ses stocks, l'Empire du Milieu n'hésite pas, même si la fenêtre de tir est courte, et que le pays ne commande qu'un seul bateau.
Pékin avait laissé entendre que les achats de soja pourraient diminuer cette année, mais ce positionnement peut évoluer, pour profiter d'un effet d'aubaine. Plus d'achats au Brésil, cela signifierait probablement moins de commandes aux États-Unis. Sur les neuf premiers mois de l'année, le Brésil a déjà fourni 80% des importations chinoises de soja, malgré l'accord entre Pékin et Washington sur le sujet.
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Baisse durable du real ?
Pour que les prix brésiliens gardent leur nouvelle attractivité, il faudrait que la baisse du real s'inscrive dans le temps. Lundi 26 octobre, les marchés ont, selon certains experts, surréagi parce qu'ils ont été surpris par la victoire de Lula. Cela n'exprime pas pour autant une perte de confiance généralisée.
« Il s'agit plus d'un coup de semonce des opérateurs financiers que d'une lame de fond », relève Olivier Antoine, directeur d'ORAE Géopolitique, qui rappelle que durant le dernier mandat de Lula, il n'y a pas eu de décrochage de la monnaie lié à sa conduite économique du pays. Le président réélu n'a lui-même pas intérêt à affoler les marchés, « car si ses exportations agricoles sont plus compétitives quand le real baisse, le pays est pénalisé pour ses achats d'intrants dont il est un gros importateur », relève un de nos interlocuteurs.
Le prix des matières premières agricoles brésiliennes paraît aujourd'hui plus dépendant des aléas climatiques que d'une dépréciation du real sur la durée. Le pays vit en effet sous la menace d'El Niño qui pourrait entraîner une sécheresse historique en Amazonie et des inondations dans le sud du pays.
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Source: RFI · Marie-Pierre Olphand
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