Pour la porte-parole du gouvernement, s’en prendre nommément à des journalistes pour leur supposée ligne éditoriale n’a pas «sa place en démocratie». Encore moins entre confrères.
Le traditionnel compte rendu du Conseil des ministres a pris, sur sa fin, des allures de règlement de comptes ce mercredi. Moins d’une semaine après l’attaque terroriste de Kévin T. dans les Yvelines, dirigée contre des personnes issues de l’immigration, qui a fait un mort et cinq blessés, une question agite le débat public. Celle de la responsabilité de certains médias, voire de certains partis politiques, dans la banalisation d’un discours supposé raciste, de nature à favoriser le passage à l’acte. Une accusation jusque-là portée par la gauche contre ses adversaires, du bloc central au Rassemblement national (RN), mais qui a fini par s’inviter dans la salle de presse de l’Élysée.
Au bout d’une demi-heure d’échanges entre la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, et la presse, sur des sujets aussi variés que la baisse des prix des carburants, la date de l’élection présidentielle et la régulation des réseaux sociaux, l’ambiance s’est soudainement tendue. En cause ? La question frontale d’un journaliste «indépendant» qui, faute de réponse à celle d’un confrère, a pointé la part supposée du RN et de CNews, mais aussi celle de l’exécutif, dans «l’explosion du racisme en France».
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Et de rappeler que la ministre déléguée à l’Énergie avait elle-même employé le mot «racaille», pour désigner les casseurs et les pilleurs des violences urbaines des 17 et 18 octobre, il y a une semaine sur BFMTV face à Sonia Mabrouk, qu’il range parmi les «figures médiatiques de l’extrême droite». Un mot connoté, qui sert, à ses yeux, le récit de cette mouvance, tout comme la formule «ce type de population-là» employée par Maud Bregeon, alors que Kévin T. a justifié sa tuerie par la volonté de «venger les commerçants» dévalisés ces jours-là.
Pas le «rôle» du compte-rendu du Conseil des ministres
Impassible face à cette charge, la membre du gouvernement a répliqué en deux temps. D’abord en retournant l’accusation contre son interlocuteur. «C’est vous qui insinuez que les délinquants seraient tous de couleur de peau. Pas moi», a-t-elle rétorqué, y voyant la rhétorique de l’«extrême gauche» . Dans un second temps, c’est à toute la salle que la porte-parole s’est adressée, après avoir refusé de «rentrer dans le jeu» de son interlocuteur, qui la pressait de dénoncer l’amalgame entre immigration et pillages. «Vous êtes tous là en tant que journalistes. Vous êtes tous là parce que vous avez une carte de presse», a-t-elle souligné, comme pour rappeler à chacun ses responsabilités. Dès lors, viser nommément des journalistes, comme Sonia Mabrouk, «n’a pas sa place en démocratie», a-t-elle martelé. Une dérive qu’elle juge «dangereuse».
Revenant vers le journaliste, l’ex-députée des Hauts-de-Seine a tranché : «Si vous avez un problème avec CNews, c’est votre droit. Mais ce n’est pas auprès de moi qu’il convient de le relater». Loin de s’en tenir là, la porte-parole s’est servie de cet échange sous tension pour tancer l’Association de la presse présidentielle, «bien silencieuse» selon elle face à des propos qui, depuis plusieurs comptes rendus, «prennent sciemment à partie» certains journalistes. Or, ce n’est pas le «rôle» de ce rendez-vous hebdomadaire. «Est-il vraiment sain et acceptable, au sein de cette enceinte, d’avoir des médias qui attaquent d’autres médias ?», a-t-elle interrogé, soulignant que des reporters sont aussi agressés dans les manifestations, «bien au-delà du groupe Bolloré», propriétaire de CNews. Un dernier rappel en guise de conclusion, mettant fin au compte rendu.
Source: Le Figaro · John Timsit
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