Alvaro Morte, l'acteur popularisé par "La Casa de papel", tient le rôle du chef de gouvernement, Adolfo Suarez, nommé par le roi Juan Carlos, dans ce thriller politique sous tension.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 28/10/2026 06:00

Temps de lecture : 4min

Alvaro Morte incarne le président du gouvernement espagnol Adolfo Suarez en 1981. (MOVISTAR +)
Alvaro Morte incarne le président du gouvernement espagnol Adolfo Suarez en 1981. (MOVISTAR +)

23 février 1981 : l'Espagne stupéfaite assiste en direct à la télévision à une tentative de coup d'Etat au parlement. Des putschistes, issus de l'armée, tirent des coups de feu et prennent en otage des parlementaires, ainsi que le chef du gouvernement espagnol, Adolfo Suarez. La fragile démocratie espagnole vacille sur ses bases. Comment en est-on arrivé là, six ans après la mort du dictateur Franco ? C'est ce que retrace une mini-série espagnole en quatre épisodes, adaptée d'un récit de Javier Cercas dans lequel l'écrivain dissèque ce moment décisif, à travers le destin de trois personnages clefs de la transition démocratique ibérique. Anatomia de un instante est disponible à partir du jeudi 29 octobre sur Arte.

La scène, enregistrée par les caméras de télévision, est devenue l'une des plus marquantes de l'histoire contemporaine de l'Espagne. Ce jour-là, en pleine séance d'investiture du nouveau président du gouvernement, des gardes civils armés font irruption dans le Congrès des députés, le Parlement espagnol, à Madrid. À leur tête : le colonel Antonio Tejero. Des coups de feu retentissent, tous les parlementaires se jettent à terre, sauf trois hommes qui vont faire face aux putschistes : Adolfo Suarez, le chef du gouvernement, le général Manuel Gutiérrez Mellado, son ministre de la Défense, et Santiago Carillo, le dirigeant du Parti communiste espagnol. Ce sont ces trois personnages dont la série retrace l'histoire, pour comprendre comment ils se sont retrouvés là, et disséquer ainsi les tenants et les aboutissants de cet instant clé de l'histoire espagnole récente, qui a failli marquer l'effondrement de la jeune démocratie née depuis la fin du franquisme.

Pour comprendre les événements du 23 février, il faut revenir à la mort de Franco, le 20 novembre 1976, après quatre décennies de dictature. Le roi Juan Carlos, qu'il a désigné comme son successeur, choisit Adolfo Suarez pour conduire la transition démocratique. Cet homme, issu du sérail franquiste, va engager une série de réformes qui vont bouleverser l'ordre établi : légalisation des partis politiques, organisation des premières élections libres en 1977, et adoption d'une Constitution en 1978. Mais une partie de l'armée n'accepte pas de perdre ses prérogatives. En 1977, la légalisation du Parti communiste est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Pour raconter cette histoire passionnante, la série suit d'abord le destin d'Adolfo Suarez, incarné par Alvaro Morte, bien connu pour son rôle du Professeur dans La Casa de papel. Méconnaissable après une transformation physique, l'acteur, excellent, donne vie au parcours du président du gouvernement, un parcours paradoxal et déterminant pour l'Espagne. Issu du régime franquiste, Suarez a en effet mis en place des réformes qui ont profondément transformé le pays, quitte à se mettre à dos une partie de ses anciens alliés.

Dans un entretien au média espagnol 20 minutos, Alvaro Morte explique combien ce parcours l'a fasciné : "Suarez a su comprendre que l'Espagne avait besoin de démocratie et d'ouverture, malgré son propre passé au sein du régime." L'acteur explique qu'il n'a pas cherché à effacer les ambiguïtés de son personnage, mais à comprendre comment elles ont pu coexister avec une volonté de changement.

Suarez prend comme ministre de la Défense son homme de confiance, le général Manuel Gutiérrez Mellado, qui devient l'artisan d'une réforme de l'armée. Franquiste de la première heure, l'ancien militaire se dit prêt en 1976 à engager le pays sur la voie démocratique. Malgré ses doutes sur l'alliance que Suarez est en train de nouer avec le Parti communiste, Mellado devient son plus proche conseiller, ce qui lui vaut la haine du clan militaire. La colère gronde dans les rangs de l'armée… Une colère qui va exploser lorsque le communiste Carrillo, contraint à l'exil pendant quarante ans, revient en Espagne pour obtenir la légalisation de son parti, ce qu'il va réussir à faire. Chacun à sa manière, et malgré leurs différences, ces hommes vont ainsi contribuer à empêcher un retour à l'autoritarisme.

La série, qui s'attache autant aux contradictions des protagonistes qu'à la portée historique de leurs décisions, montre que leur alliance est fragile, et leurs motivations complexes. En reconstituant les coulisses du pouvoir, où se jouent les négociations, les renoncements et les rapports de force, son créateur Alberto Rodriguez réussit à montrer que la transition démocratique espagnole n'a pas été simple, et qu'elle aurait pu tout aussi bien ne jamais réussir. L'acteur principal Alvaro Morte avoue qu'il a lui-même découvert les enjeux de cette histoire en travaillant sur ce projet : "J'ai appris à quel point la démocratie ne tenait qu'à un fil", confiait-il au journal espagnol Diario.

La force de cette série tient autant à sa mise en scène, précise et nerveuse, qu'à son refus de simplifier les événements. Même si on connaît l'issue du putsch, la fiction nous fait bien ressentir combien tout aurait pu basculer. Son propos dépasse ainsi largement le cadre espagnol : elle rappelle que la démocratie n'est ni acquise une fois pour toutes, ni aussi solide qu'on aime le croire.

Affiche de la série "Anatomia de un instante". (MOVISTAR +)
Affiche de la série "Anatomia de un instante". (MOVISTAR +)

Anatomia de un instante, série d'Alberto Rodriguez (4x45 min), d'après le livre de Javier Cercas, avec Alvaro Morte, Eduard Fernandez, Manolo Solo, Miki Esparbé... Disponible sur Arte à partir du 29 octobre 2026.

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Source: Franceinfo · Carine Azzopardi

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