L'Espagne en deuil pour trois jours à partir de ce jeudi 29 octobre, au lendemain de la terrible collision entre deux trains à grande vitesse à Urda, dans la province de Tolède, qui a fait au moins 74 morts selon un dernier bilan provisoire. C'est le troisième accident ferroviaire depuis le début de l'année dans le pays, et le deuxième à se produire sur la ligne qui relie Madrid à Séville. Si la question de l’entretien des lignes se pose, elle est loin de clore le débat.

Publié le : 29/10/2026 - 17:49

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Après la catastrophe d'Adamuz qui avait déjà fait 46 morts et 150 blessés en janvier, plusieurs rapports avaient déjà pointé des insuffisances. En mars, l'Institut d'études économiques (IEE), un cercle de réflexion proche du patronat espagnol, avait publié un rapport soulignant le manque criant d'investissement dans les infrastructures du pays. Un déficit d'investissement estimé à 55 milliards d'euros, mais qui ne concerne pas que le ferroviaire.

Le nombre de passagers sur les lignes à grande vitesse a doublé en dix ans

En vérité, l'Espagne a beaucoup investi ces 30 dernières années pour développer les lignes à grande vitesse. Son réseau s'étend aujourd'hui sur près de 4 000 kilomètres. « C'est le deuxième plus grand au monde, loin derrière la Chine et juste devant la France », confirme Arnaud Aymé, spécialiste des transports au cabinet Sia. Un réseau inauguré pour l'exposition universelle de Séville et qui, depuis, n'a eu de cesse de se développer. « Il est très fréquenté, notamment grâce à la libéralisation ferroviaire qui a été l'occasion de multiplier les transporteurs sur ce réseau », poursuit Arnaud Aymé. Dans son rapport, l'IEE souligne que le nombre de passagers sur les lignes à grande vitesse en Espagne a doublé entre 2015 et 2024, mais les dépenses d'entretien n'ont pas suivi. Rapportées au nombre de passagers, elles ont même baissé de plus de 27% sur la même période.

Conscient du problème, le gouvernement avait mis sur la table 16 milliards d'euros dès 2023. Après le drame d'Adamuz, l'exécutif a renfloué de près de deux milliards d'euros son plan de maintenance ferroviaire. « Il n'y a pas de consensus pour dire que le réseau ferroviaire à grande vitesse espagnol ferait l'objet d'un sous-investissement, insiste Arnaud Aymé. Et quand bien même ce serait le cas, ce n'est pas parce qu'il y a un sous-investissement qu'il y a une sous-sécurité. Même quand on n'a pas beaucoup d'argent, on peut faire circuler des trains en toute sécurité. »

Deux accidents aux causes très différentes

Le spécialiste rappelle que ces deux accidents mortels ont des causes très différentes : un problème mécanique à Adamuz, quand les premiers éléments de l'enquête à Urda évoquent plutôt une panne des systèmes de signalisation suivie d'un problème de respect des procédures de sécurité. Pour Arnaud Aymé, « cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de problème systémique, mais qui pourrait plutôt être lié à un problème de culture de sécurité ».

La panne des systèmes de signalisation aurait-elle pu être évitée ? « Il existe un dispositif largement subventionné par un budget européen qui vise à déployer des systèmes de signalisation automatiques extrêmement précis qui évitent ce genre de collision », rappelait sur France Info l'eurodéputé socialiste François Kalfon, membre de la commission des transports au Parlement européen. « Le problème, c'est que ce déploiement a pris du retard. À l'horizon 2030, on aurait dû équiper plus de 10 000 kilomètres de voies, et nous n'en sommes à ce stade qu'à 15% », déplore-t-il.

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Source: RFI · Nathanaël Vittrant

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