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Par Harold Thibault
Publié aujourd’hui à 15h00, modifié à 17h16Article réservé aux abonnés
ReportageL’envolée du cours de Bourse de TSMC, seule entreprise au monde capable de produire les processeurs indispensables au fonctionnement des meilleures intelligences artificielles, alimente l’engouement des habitants de l’île pour l’investissement, au risque de creuser les inégalités financières dans l’île.
Chaque matin, Li Jieshou prend le volant de sa Toyota jaune et noir vers 6 heures. Le chauffeur de taxi accepte des premières courses autour de Kaohsiung, parfois jusqu’à Tainan, un peu plus au nord. Mais il fait tout son possible pour ne pas avoir de client quand approche 9 heures. Il veut s’assurer de suivre en direct au moins les premières tendances du marché boursier taïwanais, qui ouvre à cette heure-là à l’autre bout de l’île, à Taipei.
Son métier n’a aucun lien avec la finance ni avec les semi-conducteurs. Pourtant, comme beaucoup de ses concitoyens, ce père de famille divorcé de 46 ans garde en permanence un œil sur une valeur en particulier : Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC). Elle détermine l’avenir de son épargne, mais aussi, à bien des égards, celui de Taïwan. « Les processeurs sont devenus une ressource stratégique, tout le monde en a besoin », constate Li Jieshou.
Les Taïwanais ont une formule pour résumer l’importance de TSMC : elle est la « montagne sacrée qui protège le pays ». Cette réalité s’est encore renforcée avec l’adoption planétaire de l’intelligence artificielle (IA). L’entreprise est la seule au monde capable de graver les processeurs indispensables pour faire tourner les meilleures IA et leurs data centers. Des puces conçues en Californie par les ingénieurs de Nvidia, puis produites dans les parcs industriels de TSMC sur la côte ouest de Taïwan.
TSMC s’était déjà rendue incontournable pour des groupes comme Apple, qui lui confie la production de ses processeurs pour les iPhone de dernière génération, et avait acquis un statut de rouage central de l’économie mondiale. L’avènement de l’IA l’a propulsée dans une autre dimension. Le cours de Bourse du groupe, que les Taïwanais surnomment « Taiji », abréviation de « Taiwan semi-conducteurs », a plus que quadruplé en trois ans, ce qui en fait la plus grosse capitalisation boursière non américaine au monde (1 585 milliards d’euros au 5 novembre).
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Source: Le Monde · Harold Thibault
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