Le Pérou compte environ 200 arènes et le pays accueille chaque année des centaines de corridas. garogorille - stock.adobe.com

Le Pérou protège la tenue des corridas en tant qu’exceptions culturelles nationales, ce qui empêche l’application totale de la loi sur la maltraitance des animaux. Un projet de loi vient d’être déposé pour supprimer cette exception et donc interdire la corrida.

Si l’Espagne et le Mexique sont les deux pays où la corrida est le plus implantée, le Pérou n’est pas en reste et compléterait facilement le podium. Chaque année, des centaines de spectacles ont lieu à travers le pays et principalement pendant la Feria del Señor de los Milagros, événement international qui se tient dans la capitale, Lima, depuis huit décennies. Le pays compte 200 arènes.

Au-delà des corridas, la culture taurine est fortement ancrée dans les villages de montagne. On y célèbre par exemple la Yawar Fiesta, ou «fête de sang», dans laquelle un condor est accroché au dos d’un taureau - symbole du passé colonial espagnol - que les villageois doivent esquiver, pour conserver leur liberté. Dans les régions andines, le taureau est toujours associé aux rituels, qu’ils soient religieux ou civils.

Supprimer la notion d’exception culturelle

Tout ce folklore pourrait bientôt être relégué aux livres d’Histoire, si le projet de loi présenté par la députée Azucena Isla Rojas fin octobre venait à être voté. Cette élue représentant le parti «Ensemble pour le Pérou» propose de modifier la loi n° 30407 sur la protection et le bien-être animal, afin d’inclure la corrida et les combats de coqs dans son champ d’application. En effet, une loi d’exception culturelle empêche le Pérou d’interdire les spectacles de corrida.

Concrètement, Azucena Isla Rojas veut amender l’article 22 de cette loi et y ajouter la mention suivante : «Les corridas, les combats de coqs et autres spectacles similaires sont inclus dans cette interdiction lorsque leur déroulement implique des actes de cruauté, des souffrances inutiles, des blessures ou la mort de l’animal.» Ce serait véritable séisme dans ce pays où la tauromachie fait partie de l’identité nationale.

En février 2020, une action collective d’envergure menée par plusieurs associations avait failli permettre l’interdiction de la corrida. Finalement, le Tribunal constitutionnel avait rejeté le projet en déclarant que la loi ne permettait pas de prendre une telle mesure. En septembre de la même année, le conseil municipal de Lima avait voté une motion symbolique qui faisait de l’absence d’actes de cruauté envers les animaux un objectif d’intérêt public. Mais cette motion locale n’avait aucun pouvoir normatif.

Plusieurs pays d’Amérique latine ont interdit la corrida avec mise à mort ces dernières années, dont la Colombie. Patrick PATT - stock.adobe.com

Le projet de loi a des chances d’être adopté

Pour parvenir à faire interdire la corrida, il fallait nécessairement qu’un député se saisisse de la question et présente un projet de loi rectificatif. Les chances de parvenir à un vote favorable sont plutôt bonnes. Certes, le parti de la députée Isla Rojas n’est que la deuxième force politique du pays, mais personne ne détient de majorité au Parlement. Non seulement son parti occupe près de 25% des sièges au Parlement mais il peut en outre compter sur un vote transpartisan avec d’autres députés de partis politiques situés à gauche de l’échiquier.

Au sein des jeunes générations des grandes villes, notamment à Lima, la volonté de mettre fin à la cruauté envers les animaux prend chaque année plus d’ampleur. L’exemple de la Colombie, qui a voté pour l’interdiction de la corrida en 2024 (qui entre en vigueur au 1er janvier 2027), leur fait penser qu’il s’agit là du sens naturel de l’Histoire que devraient suivre tous les pays d’Amérique latine.

Le Venezuela et l’Équateur ont déjà voté pour un encadrement strict de la tauromachie dans les années 2010, interdisant partiellement la corrida avec mise à mort. La ville de Mexico a fait pareil en 2025. Enfin, au Chili, en Argentine, en Uruguay et à Cuba, cela fait très longtemps que la corrida avec mise à mort est abolie et a disparu des mœurs.

Source: Le Figaro · Paul Leboulanger

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