En Malaisie, la brume de pollution venue d’Indonésie enveloppe Kuala Lumpur et plusieurs régions du pays. Favorisés par la sécheresse liée à El Niño, les feux de forêt et de tourbières dégradent fortement la qualité de l’air, faisant peser des risques sur la santé des populations, en particulier les plus vulnérables.
Publié le : 24/10/2026 - 08:42Modifié le : 24/10/2026 - 08:44
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De notre envoyée spéciale à Kuala Lumpur,
« Le ciel est gris, les bâtiments sont couverts de brume. » Au pied des tours Petronas, à Kuala Lumpur, Kay ajuste son masque sur le nez. La jeune Malaisienne attend depuis de longs jours une amélioration de la situation, en vain. « Je ne sors que lorsque c’est nécessaire et je fais en sorte de limiter la quantité de brume qui peut pénétrer dans mes poumons, car je suis très sensible à cette pollution », souffle-t-elle.
Par le passé, la jeune femme a multiplié les problèmes respiratoires. Il faut dire que le « haze »* est récurrent en Malaisie et s’impose chaque année, généralement de juin à octobre, avec un pic entre août et septembre. Il s’agit d’une brume de pollution provenant des feux de forêt et de tourbières en Indonésie voisine. « Jakarta a reçu beaucoup de plaintes de la part des pays voisins touchés par la brume, raconte derrière son masque Jess, étudiante malaisienne. C’est récurrent, mais je dois dire qu’on voit vraiment la fumée cette année. »
Des feux et des fumées favorisés par El Nino
L’année 2026 est en effet profondément marquée par le phénomène dans certaines localités malaisiennes, où l’indice de qualité de l’air (AQI) s’affole. À Kuala Lumpur, ce dernier a dépassé la barre des 200 à plusieurs reprises et oscille principalement entre 170 et 200, soit des niveaux de pollution considérés comme « très malsains » en raison de la forte concentration de particules fines.
Mais la capitale est loin d’être la seule concernée : vers la mi-octobre 2026, jusqu’à 34 zones affichaient des niveaux de pollution similaires, notamment à Klang, dans l’État de Selangor.
Alors que les bâtiments sont difficiles à distinguer dans la brume, le Département météorologique malaisien scrute de près la situation. Ambun Dindang, directeur régional des opérations, analyse les cartes sur son écran d’ordinateur. « Cette année, le phénomène El Niño, qui a commencé en juin dernier, intensifie la sécheresse dans la région : en Malaisie, en Indonésie, à Singapour, en Papouasie–Nouvelle-Guinée et dans le nord de l’Australie… Le temps est particulièrement sec, ce qui favorise la propagation des feux de forêt et de tourbières, explique-t-il. Ce qui est important, c’est donc de contenir ces feux. Mais les autorités [indonésiennes] ont du mal à le faire. La fumée se déplace également jusqu’à nous, portée par les vents de la mousson du sud-ouest. Nous espérons que le vent changera de direction en novembre prochain, avec l’arrivée complète de la mousson du nord-est. »
La santé des plus vulnérables en première ligne
Mais, en attendant novembre, les conséquences de la brume sur la santé sont multiples. Le ministère malaisien de la Santé constate ainsi une augmentation des cas d’infections des voies respiratoires, d’asthme et de conjonctivite ces dernières semaines. Le gouvernement recommande par ailleurs de porter des masques N95, de rester autant que possible à l’intérieur, d’utiliser des purificateurs d’air et de s’hydrater davantage. Les écoles ferment également dans les zones où l’indice de pollution atmosphérique (API) dépasse les 200, car les enfants font partie des populations les plus vulnérables.
Elniza a vu son fils de 11 ans tomber malade. « Il a eu une forte fièvre et vomissait énormément. Je l’ai emmené à l’hôpital et les médecins disent que c’est à cause de la pollution. En tant que mère, c’est difficile de le voir comme ça… C’est à moi d’en payer le prix. Ce n’est pas juste pour nous. »
Un constat partagé par Greenpeace Malaysia. Dans son bureau, Adam Azlan observe le paysage brumeux. « La pollution de l’air touche les groupes et les populations les plus vulnérables : les personnes âgées, les femmes enceintes, les nourrissons et les enfants. Il faut veiller à ce que ces populations soient convenablement protégées », souligne-t-il.
Pour l’ONG, diverses solutions doivent être mises en place. « Au niveau national, nous devons renforcer notre législation en faveur d’un air plus pur, afin de nous attaquer aux causes profondes du problème et aux conséquences de la pollution transfrontalière. Il faut aussi appeler à des pratiques commerciales plus responsables. Si des entreprises malaisiennes contribuent à cette pollution de l’autre côté de la mer, elles doivent répondre de leurs actes et réparer les dégâts. » À l’échelle régionale, Greenpeace Malaysia appelle également l'Asean à renforcer sa législation existante afin d’agir directement sur les causes de ces feux de forêt et de tourbières.
*Le « haze » désigne une brume de pollution atmosphérique, souvent liée aux incendies de forêt et de tourbière.
Source: RFI · Juliette Pietraszewski
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