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Dans une lettre à la direction signée par 200 journalistes, la SDJ appelle à « couper avec cette image de chaîne raciste qui ne représente absolument pas [leurs] convictions ». Certaines mesures ont déjà été annoncées par la direction de CMA Media à l’issue d’une assemblée générale.

Lors de la présentation de la saison 2017/2018 de BFM TV , à Paris, le 8 septembre 2017.

La rédaction de BFM-TV a pointé, mercredi 4 novembre, des « dérives éditoriales » sur la chaîne, accusée de relayer des propos racistes, notamment par La France insoumise. Dans une lettre à la direction signée par plus de 200 journalistes et consultée par l’Agence France-Presse (AFP), ils réclament des mesures pour « couper avec cette image de chaîne raciste ». « Nous voulons retrouver la fierté de travailler pour BFM-TV et ne plus craindre de donner le nom de notre média en reportage ou même dans notre vie privée », a écrit la Société des journalistes (SDJ).

A six mois de l’élection présidentielle, « nous nous inquiétons de la banalisation de certains propos racistes ou discriminatoires sur notre antenne, parfois relativisés au nom du pluralisme », assurent-ils. « Les propos racistes constituent des délits, et notre impartialité ne doit jamais être confondue avec de la complaisance. »

A l’occasion des manifestations en France et après l’attentat de Trappes, la chaîne d’information a été accusée par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise de relayer des propos racistes, notamment en invitant le responsable d’extrême droite Eric Zemmour (Reconquête !), condamné à plusieurs reprises pour provocation à la discrimination raciale, provocation à la haine raciale, provocation à la haine religieuse envers les musulmans, provocation à la haine contre les migrants et les mineurs isolés, diffamation, injure à caractère raciste et contestation de crime contre l’humanité. Si la chaîne a vivement contesté ces accusations, certains de ses journalistes ont été pris à partie sur le terrain.

En début de semaine, 160 techniciens du groupe RMC-BFM avaient déjà écrit une lettre ouverte à la direction pour dénoncer « la banalisation progressive des idées d’extrême droite » sur BFM-TV.

Critiques internes visant Sonia Mabrouk

Ces accusations externes ont fait écho à des critiques internes qui visent depuis plusieurs mois la journaliste Sonia Mabrouk, arrivée cet été en provenance de CNews, chaîne du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré.

Dans leur lettre, qui fait suite à une assemblée générale lundi, les journalistes demandent des « mesures concrètes » pour « couper avec cette image de chaîne raciste qui ne représente absolument pas [leurs] convictions ». Parmi elles, un « recadrage systématique et sans équivoque des propos discriminatoires par les présentateurs », et un « meilleur suivi des invités pour éviter les personnalités problématiques, mais également la présence trop récurrente de certains ».

La rédaction demande aussi que le reportage reprenne « la première place » par rapport aux débats, et juge nécessaire une « couverture plus équilibrée des manifestations en arrêtant de ne prendre les équipes en direct que lorsqu’il y a des violences ». « Le calme est aussi une information », écrit-elle.

Avant l’envoi de cette lettre ouverte à la mi-journée puis une nouvelle assemblée générale, certaines mesures ont déjà été annoncées par la direction de CMA Media, groupe auquel appartiennent BFM-TV et la radio RMC.

La chaîne va ainsi se doter d’une « cellule invités » pour centraliser les demandes d’interviews de responsables politiques et renforcer « la diversité des profils », selon un message interne envoyé mercredi matin et consulté par l’AFP. Cette cellule sera rattachée à Fabien Namias, le directeur général de la chaîne. Autre annonce : « la publication mensuelle d’un baromètre du pluralisme » des antennes pour « rendre compte de la diversité des invités, des intervenants et des courants de pensée ».

« Recevoir une personnalité ne signifie pas partager ses convictions »

Ces décisions « ne constituent ni un changement de ligne éditoriale ni une reconnaissance des accusations portées contre nos antennes, mais témoignent de la volonté de défendre nos chaînes, injustement mises en cause », souligne dans ce message Jean-Philippe Baille, directeur général délégué à l’information de CMA Media. Il promet aussi une « riposte systématique et rapide aux fausses informations » visant les médias du groupe.

« Je conteste fermement les accusations insinuant que nos chaînes banaliseraient le racisme », insiste M. Baille, en soulignant que la chaîne n’a « reçu aucun signalement de l’Arcom », le régulateur de l’audiovisuel. « Recevoir une personnalité ne signifie ni partager ses convictions ni cautionner ses propos. Notre responsabilité est de l’interroger, de vérifier ses affirmations et le cas échéant de la contredire par les faits », fait-il valoir.

Comme ces derniers mois, il réaffirme l’« entier soutien » de la direction à Sonia Mabrouk face à une « campagne de déstabilisation inacceptable ». « Sonia Mabrouk conduit ses émissions avec nuance, professionnalisme et indépendance », estime le responsable.

Le Monde avec AFP

Source: Le Monde · Le Monde avec AFP

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