Par Arnaud Leparmentier 

Publié aujourd’hui à 13h00 (republication de l’article du 22 octobre 2026 à 17h30)

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Reportage« Sur la Route 66, pouls de l’Amérique » (5/6). La ville sans âme de l’Etat de Californie est un carrefour industriel et agricole aux antipodes de la Silicon Valley. Une « terre promise » pour de nombreux travailleurs migrants, aujourd’hui désenchantés et persécutés par la politique sécuritaire de l’administration Trump.

C’est la Californie avant la Californie. Pas celle d’Hollywood et de la plage de Santa Monica, où s’achève la Route 66, ni celle de San Francisco, havre de tolérance pris dans le brouillard du Pacifique, devenue capitale mondiale de la tech. Non, c’est celle de John Steinbeck et de ses Raisins de la colère (1939), celle de la Vallée centrale, au pied des montagnes de la Sierra Nevada, qui s’étend sur 600 kilomètres, de Bakersfield au nord de la capitale de l’Etat, Sacramento.

Les voyageurs ne s’arrêtent pas à Bakersfield, carrefour industriel et agricole de 420 000 habitants. Ils la traversent, de retour de la vallée de la Mort ou de Las Vegas, avant de remonter à San Francisco ou de visiter les parcs nationaux de Sequoia et de Yosemite, fuyant une ville sans centre et sans âme, traversée par d’interminables convois de chemin de fer qui font entendre leur klaxon. Là règne une odeur d’épandage venue des terres agricoles alentour. Une terre ennuyeuse, coupée par des routes en damier, faite de vergers, de vignes, d’amandiers et de pistachiers à perte de vue, qui approvisionnent l’Amérique et le monde, mais aussi de derricks, qui forent péniblement la terre pour trouver encore un peu de pétrole. C’est ici qu’on se met au défi de marcher sur les traces de Steinbeck.

Dans la mémoire collective, Les Raisins de la colère racontent la fuite d’une famille d’« Okies », surnom donné aux habitants de l’Oklahoma, dans les années 1930 : les Joad, des métayers aux récoltes ruinées par les Dust Bowls (les tempêtes de poussière qui stérilisèrent les terres trop labourées), expulsés par leurs créanciers et remplacés par les tracteurs. Le roman est avant tout une histoire californienne, et c’est celle-là qui nous occupe. « Contrairement à ce que beaucoup croient, Steinbeck n’a pas fait le trajet depuis l’Oklahoma », rectifie Lisa Josephs, archiviste du musée Steinbeck, situé dans sa ville natale de Salinas. Il s’est en fait contenté d’aller à Bakersfield et dans la Vallée centrale de Californie.

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Source: Le Monde · Arnaud Leparmentier

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